Des remarques de bulletin négociées, quelle drôle d’idée !

2014-12-03 12.18.03C’est la période des bulletins. Les comptes que je suis sur Twitter m’ont donné l’occasion de me le rappeler maintenant que j’ai un calendrier un peu différent dans mon nouvel établissement.

J’ai pu suivre Marie-Camille Coudert qui racontait son expérience :

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Et comme vous pouvez le voir, j’ai tout de suite repensé à cette expérience tentée au premier ou second trimestre de 2013-14. Et puis je me suis dit que Pol Le Gall, l’IA-IPR de maths (dans l’académie de Nancy-Metz) en question raconterait mieux son idée que moi. Sollicité par mail lundi 01/12/14, il a répondu dans les deux heures livrant un témoignage très positif et pleins d’idées. Je vous laisse seul juge :

“Il n’y a pas de copyright sur l’idée, vous avez toute liberté d’expérimenter et de raconter ce que vous faites en vous l’attribuant. Témoignez, témoignez, je ne vous intenterai pas de procès !

Je n’ai encore rien écrit sur la question, c’est donc l’occasion de le faire :

En ce qui me concerne, j’ai pratiqué ce système de bulletin du premier trimestre en classe de seconde il y a une trentaine d’années et en classe de quatrième il y a une dizaine d’années. En seconde je procédais comme vous l’indiquez (NDR: proposer aux élèves de rédiger une remarque contenant un point positif, un point négatif et une proposition d’amélioration) en trois rubriques, en quatrième j’avais réduit à deux avec une tonalité plus « affective » : la consigne était « faites-vous un compliment et donnez-vous un conseil pour le deuxième trimestre ». Ce travail était articulé avec la gestion d’une fiche de savoir-faire.

Si j’avais des classes de collège aujourd’hui j’adopterai le « package » de pratiques suivant :

– élaboration d’un référentiel de savoir-faire avec la classe : à la fin de chaque apprentissage, questions à la classe « que savons-nous de plus ? que savons-nous faire de plus ? » les réponses viendraient abonder la liste des savoir-faire au fil de l’année. Le rôle du professeur consiste à aider à formuler, et à aider à ranger les items dans le référentiel (la question « où est-ce qu’on range cela ? » ne manque pas non plus d’intérêt.)

– articulation de l’évaluation avec ce référentiel, avec deux principes directeurs : transparence et personnalisation. Concrètement : les élèves sont prévenus des items en jeu lors des évaluations (et bien sûr de la date de celles-ci), et une place est laissée pour une différenciation de l’évaluation sur une logique de « deuxième chance » (il peut s’agir d’un exercice dans les DS, ou d’une interro à la carte de temps en temps, ou de dispositifs encore plus personnalisés).

– information sur les copies des degrés de maîtrise par rapport aux items visés, comptabilité des réussites par les élèves eux-mêmes. Je n’excluerais pas l’utilisation d’un logiciel comme Sacoche sous réserve, évidemment, d’utiliser la fonctionnalité de construction de son propre référentiel.

– l’épisode du bulletin arrive alors comme une étape logique de bilan par l’élève à partir du support de son référentiel et des évaluations. Cette étape permet ensuite d’introduire une dimension contractuelle. Par exemple : l’élève se donne comme objectif de progresser sur l’item N, le professeur s’engage à lui donner des exercices en conséquences en DM (pas en plus, à la place d’autre chose) et à organiser une validation de l’item N quand l’élève sera prêt.

Cela peut paraître effrayant si on imagine 30 contrats parallèles, mais la réalité est beaucoup plus raisonnable : on va avoir 15 élèves qui ont à progresser sur le calcul fractionnaire… en pratique il peut il y avoir deux ou trois parcours parallèles. De toutes façons, le professeur pose la limite là où il veut.

En seconde, autrefois, je me heurtais au problème des notes : les élèves me disaient qu’ils étaient contents de progresser mais que ça ne suivait pas au niveau des résultats car les DS arrivaient toujours trop tôt. Je n’avais pas eu l’idée alors de différencier le sommatif. Je l’ai pratiqué en collège il y a 8 ans (depuis je n’ai plus d’élèves…) et cela ne fonctionnait pas mal. Quelques élèves cependant refusaient de rentrer dans le fonctionnement, par refus de travailler. Mais un autre fonctionnement n’aurait pas eu de meilleurs résultats avec eux…

Le contexte actuel de remise en cause du bien-fondé de la notation est favorable à des pratiques telles que celles que je viens de décrire.”

Fin de citation.

Pour ma part, je n’ai tenté qu’une seule fois l’expérience. Je n’avais que deux classes en 2013-2014, une classe de 6ème et une classe de 4ème. Il me paraissait difficile de demander cela aux plus jeunes quoique cela puisse sûrement se travailler.

Avec les quatrièmes, je ne l’ai fait qu’une fois car plus tard dans l’année, je n’étais pas serein dans cette classe difficile où j’étais également professeur principal. Je n’avais pas envie de continuer cela avec ces élèves-là. Tout n’est pas toujours possible avec tous. Et la confiance nécessaire à une telle démarche n’était plus présente.

Maintenant que je travaille en Allemagne (même si je continue à dépendre de la France), je n’ai plus de remarques de bulletins à formuler et l’évaluation par compétences n’est pas aisée avec les programmes locaux tels qu’ils sont formulés pour l’instant. La “note” (qui n’est pas une moyenne) fait office d’appréciation. Je déplore le manque de personnalisation des bulletins mais j’ai toujours commenté les copies avec zèle ce qui compense en partie.

N’hésitez pas à commenter ce billet afin de partager vos pratiques.

Remarque : dans un dernier échange où je m’assurais de pouvoir citer son nom, voici les deux remarques que me faisait M. Pol Le Gall :

« Vous pouvez me citer, évidemment !
C’est amusant qu’un témoignage portant sur des pratiques mises en place en 1985 paraisse maintenant.

Pour en connaître sûrement plus que vous, je vous assure qu‘il existe de nombreux inspecteurs bienveillants et sympathiques ! »

Lien vers le site de Marie-Camille Coudert.

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2 réflexions au sujet de « Des remarques de bulletin négociées, quelle drôle d’idée ! »

  1. gduboz

    En 3e, j’ai très souvent utilisé l’auto-évaluation. M’inspirant du livre de Arnaud Dubos, « Professeur principal, animer les heures de vie de classe », je fais faire un bilan de leur travail et leurs résultats aux élèves. Ils rédigent leur appréciation de bulletin (que j’utilise ou pas). Et choisisse quelques conseils pour les aider à progresser.

    Répondre
  2. Ping : Le cours par les élèves | Blog d'Adrien Guinemer

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