Comme une séance ratée

Dans ce billet, je vous raconte comment ma barque pédagogique a pris l’eau dans une super  séance sur le papier qui a été complètement ratée sur le terrain.

Pourquoi un tel billet ?

On écrit bien souvent à propos de séances qui se sont bien déroulées. On met consciencieusement sous le tapis ces heures où nous souffrons. Des heures où nous nous sentons démunis face à une situation qui nous dépasse. Ne vous inquiétez pas, je ne perds pas mon optimiste habituel et communicatif, non, non ! C’est juste qu’avec @profdesecoles, nous nous faisions la réflexion de l’image que nous donnons de nous sur la toile (désolé, j’adore ce mot désuet). Je ne suis pas un super héros. Je n’ai pas toujours des supers idées. Je n’arrive pas toujours à mettre en œuvre ce dont je rêve.

Surtout, moi aussi, je prépare des cours à la dernière minute. Oui, je fais souvent des cours pourris, mal préparés ou qui partent en cacahuète pour x raison.

Ce qui était prévu

Nous sommes en classe de 4ème. Le mois de mars touche à sa fin. Certains ne maîtrisent pas certaines compétences relevant du début de collège voire fin de primaire. Mais nous en avons besoin. Je vais donc (attention pédagrosmot) différencier. A la façon des enseignants du primaire, j’ai décidé de scinder la classe en deux groupes de compétences :
Ceux qui maîtrisent tracer une perpendiculaire et ceux qui ne maîtrisent.

Les élèves qui ont la compétence doivent travailler en autonomie. Ils représentent deux tiers de la classe. Le dernier tiers fera des exercices spécifiques après un rappel méthodologique. Ça sonne pas mal non ?

Ce qui s’est vraiment passé

Et puis les élèves se sont présentés devant la classe. Un peu excités. Comme d’habitude après avoir traversé tout le collège. Ils ne connaissent pas le contenu de cette séance, encore moins la forme. A l’entrée, ils sont « triés ». Certains sont dirigés vers la gauche de la salle, d’autres vers la droite. Incompréhension. « Pourquoi lui et pas moi ? » Les élèves sont perturbés par un plan de classe inhabituel.

Puis les élèves ont été mis en activité. Ils ont compris le principe de l’autonomie. Ils essaient mais ne sont pas habitués. Et puis c’est « parti en sucette ». Cette super idée de groupe en autonomie me vient du primaire, des classes multi-niveaux tout ça. Mais j’ai des quatrièmes, pas des CMs ! Les hormones jouent à fond leur rôle à cette période charnière chez l’adolescent. Mon public est peu habitué à travailler en silence, seul et de façon concentrée. Ce n’est guère surprenant quand on connaît le volume de certaines TV allumées en permanence dans le salon pendant que l’élève fait ses devoirs, ou pas.

Enfin, je suis fatigué. Peut-être que mon fils a fait une mauvaise nuit ou que je me suis couché trop tard. Je n’arrive plus me battre et tenir la cadence infernale des élèves. Et c’est là que tu regardes ta montre plus souvent que les élèves en priant qu’un couillon active l’alarme incendie ! Tu sais que c’est fini quand les élèves en autonomie comprennent que tu ne peux pas les forcer à bosser, qui plus est en silence.

Finalement le petit groupe ne comprend pas pourquoi lui doit bosser vu que tu n’arrive pas à faire bosser les autres. Bon et voilà, ça finit par sonner et tu es triste.

Il faudra donc retenir de cette séance

Il faudra donc retenir de cette séance que l’on doit préparer les élèves à la séance en amont. Si l’on veut qu’ils comprennent et adhèrent, c’est mieux. Malheureusement, ce n’est pas toujours possible. Par ailleurs, un prof fatigué est un prof qui ne peut pas faire de bons cours, aussi bien préparés soient-ils. Donc il faut se ménager, Il faut accepter que tous les cours ne seront pas de la bombe pédagogique.

Il est bon de rappeler que nous, profs twittos ou blogueurs, sommes loin d’être parfaits et que l’on fait aussi des cours de merde (désolé mais c’est comme ça !) Sûrement aussi souvent, si ce n’est plus, que des cours supers ! Mais lorsque les cours sont ratés alors que bien préparés, il faut aussi savoir demander de l’aide. De l’aide aux collègues, à la direction, à tous les acteurs de l’équipe pédagogique et éducative car tous sont en capacité d’aider dans des situations difficiles. Il n’y a pas toujours de solution. Mais parfois, parler de ses problèmes permet de réaliser que l’on n’est pas seul à les avoir. On peut alors faire front et collaborer à trouver des améliorations qui sont toujours possibles et existent.

Bon courage !

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6 réflexions au sujet de « Comme une séance ratée »

  1. carolinejouneausion

    Merci pour ce billet ! Il est salutaire de se pencher aussi sur ses ratés pour les comprendre et mieux y arriver. Moi aussi je fais des cours qui brillent sur le papier (ou sur le blog) et qui finalement sont tout pourris quand je les fais. D’ailleurs j’ai raté mon dernier cours alors je prépare le prochain ! Mais ça me met toujours mal à l’aise quand quelqu’un me couvre de louanges alors que moi, je sais comment c’est en vrai…
    Allez, au lit si on veut assurer demain !

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  2. Dominique Destouches

    C’est vrai que c’est plus facile d’étaler nos réussites mais ce sont parfois aussi nos séances ratées qui nous font avançer parce qu’elles nous questionnent.
    Je conseille un livre qui s’appelle « Tous peuvent réussir! Partir des élèves dont on n’attend rien » Régis Felix et onze enseignants.
    C’est un outil pédagogique où des enseignants racontent une situation de réussite avec leurs élèves et où on décortique tous les savoirs d’action qui ont été mobilisés pour réussir (réussite de l’élève ou de l’enseignant). C’est passionnant…même si ca n’empêche pas qu’on aura toujours des séances qui foire complétement !!!!!

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  3. Mediacteur

    Merci Adrien…
    Je te copie/colle un texte qui prolonge la réflexion sur le partage de nos « ratés ». Une judicieuse audace pédagogique que certains « osent »… Merci à eux.
    « En 1997, nous étions partis à trois, pour un tour des provinces canadiennes. Le but de la manœuvre n’était en rien touristique ! Collègues en charge de la formation des enseignants dans le secteur de l’Education aux médias, nous allions voir en Amérique du Nord comment s’inséraient les Nouvelles technologies à l’école, dans ces systèmes scolaires francophones mais aussi anglophones estimés par beaucoup en avance sur nos pratiques européennes. Montréal, Sherbroock, Ottawa, Toronto, la collecte d’infos allait se révéler dès plus intéressante. Pour établir nos contacts à l’époque, nous avions déjà procédé à un repérage par Internet.

    C’est ainsi qu’à Montréal, nous avions sollicité de pouvoir rencontrer LE spécialiste de l’approche technopédagogique, aujourd’hui à la retraite, Robert Bibeau. Il mérite que son nom soit ici cité, même si vous n’êtes pas du secteur et que vous ne le rencontrerez bien sûr jamais. Robert Bibeau travaillait à l’époque au ministère de l’enseignement et son emploi du temps était très, très chargé. A ces trois européens demandeurs d’un partage d’expérience, il voulait tout de même accorder un peu de son temps… mais il en avait vraiment très, très peu. Alors il nous fixa rendez-vous pour… 15 minutes. Vous avez bien lu. Nous avons eu droit à un quart d’heure de son précieux temps… Mais à des gens qui avaient fait 5536 kilomètres, il voulait transmettre rapidement l’essentiel de son expérience de terrain…

    L’homme nous surpris donc par sa modestie quand il entama son temps de parole en nous disant que tout ce qu’il avait réussi, nous pourrions le découvrir par nous-mêmes ou que d’autres pourraient nous le suggérer aussi. Dès lors, il consacra tout le temps de l’entretien à expliquer ce qu’il avait raté dans ses expérimentations, de sorte que nous ne commettions pas les mêmes tâtonnements. Un grand monsieur, ce petit bonhomme montréalais, qui nous fit forte impression de cette humilité en actes, au moment de livrer ce qu’il estimait le plus instructif pour notre questionnement de chercheurs ».

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  5. pitnt

    Ce qui me surprend le plus c’est qu’en 4ème on apprend à tracer une perpendiculaire…
    Ca va de mal en PISA.

    Bravo pour l’humilité de ce billet.
    @pierrengt

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  6. Christelle Kunc

    C’est une très bonne chose de savoir parler de ses expériences moins bien réussies avec humilité. Je pense comme toi que c’est sain, instructif et permet parfois de se remettre en question. Dans l’éducation nationale, trop souvent des collègues ( ou parfois nous mêmes ) gardent en eux des frustrations, des échecs, et n’osent pas en parler à leurs collègues. Ce serait bien mieux si on acceptait l’idée que l’on est pas toujours au top, ou que l’on ne prépare pas tous ses cours comme celui que l’on présentera devant son inspecteur une fois tous les cinq ans. Et on a le droit d’être fatigué!!

    Allez, en cette veille de rentrée, c’est trop tard pour attaquer toutes les copies qu’on a osé oublier sur son bureau pendant les vacances et qui nous attendent sagement. Il vaut mieux se coucher tôt pour démarrer de bonne humeur demain matin : on corrigera plus tard!
    Christelle.

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