De l’intérêt d’accueillir une SEGPA ou une ULIS

J‘aurais aimé faire un article pour l’un et un article pour l’autre mais c’eût été prendre le risque de raconter vraiment trop d’âneries* !

Clarifions de suite le jargon de l’éducation nationale : une SEGPA est une section d’enseignement général et professionnel adapté quant à l’ULIS, il s’agit d’une unité localisée pour l’inclusion scolaire.

Les élèves de SEGPA sont des élèves en difficulté scolaire repérés en école primaire. Ils doivent avoir un certain profil et profitent d’un enseignement adapté dans les locaux d’un collège. Les élèves sont encadrés dans leurs propres classes par des professeurs des écoles d’une part et par des enseignants des voies professionnelles d’autre part. Dans mon ancien établissement (collège Jacques-Yves Cousteau de Creutzwald), les champs professionnels étaient « vente » et « production textile ».

Les élèves d’ULIS appartiennent à une classe et sont sortis de la classe pendant certains enseignements qui leurs posent problèmes. Mathématiques ou EPS, par exemple, suivant le handicap de l’élève. En effet, les ULIS incluent des élèves ayant un handicap. Cela va du handicap physique au handicap mental en passant par le handicap visuel ou auditif. Lorsqu’ils ne sont pas dans LEUR classe, les élèves rejoignent un professeur des écoles qui les prend en charge sur leurs besoins spécifiques. Ils sont alors en petit groupe et accompagnés bien souvent par des AVS (auxiliaires de vie scolaire). Le handicap des deux unités du collège Cousteau est le handicap mental.

Ces dispositifs, un deal gagnant-gagnant

Vous avez bien compris que l’inclusion de l’ULIS est un mot fort ici et que le « A » de la SEGPA doit être compris avec flexibilité (pour ceux qui ne suivraient pas, le « a » c’est « adapté »). Si ces élèves et ces enseignants spécialisés sont dans établissement, il faut savoir en tirer profit. On est alors en plein deal gagnant-gagnant.

Gagnant pour les élèves qui sont intégrés même si ce n’est pas toujours facile.

Gagnant pour ces mêmes élèves qui fréquentent le même établissement que les autres.

Gagnant pour tous les enfants qui sont ensemble sans différence de traitement : les même règles, les même locaux, les mêmes bus.

Gagnant pour les enseignants du collège qui côtoient un autre public et de nouveaux collègues.

Gagnant pour les enseignants spécialisés qui ne sont plus si isolés.

Gagnant pour les enseignants du secondaire qui rencontrent des professeurs des écoles. Et au delà des rencontres, travaillent ensemble pour le bien des élèves.

Gagnant pour les enseignants qui font des échanges de service (dans le sens administratif : les uns donnent des cours aux uns et les autres à d’autres).

Gagnant pour le fonctionnement des structures alors plus flexible.

Gagnant pour le gain en simplicité administrative si tout le monde est sous un même toit.

Gagnant pour tous, grâce à une perméabilité et un travail en intelligence.

Gagnant pour tous, qui s’ouvrent alors aux autres.

Quelques exemples

Maintenant que j’ai annoncé tout cela avec un air triomphal, il serait bon de donner quelques exemples.

Les professeurs des écoles intervenant en ULIS ont ainsi pu faire profiter certains élèves de classes traditionnelles de leur expertise dans le cadre de l’accompagnement personnalisé en 6ème.

Une élève d’ULIS a pu intégrer les cours de physique-chimie bien qu’elle ne comprenne pas tout et ne soit pas évaluable, juste parce qu’elle en avait envie.

Un élève de SEGPA avec un meilleur niveau de mathématiques que ses camarades rejoignait une classe juste pour ce cours. **

Les élèves de notre ULIS faisaient tous les cours d’EPS, éducation musicale et arts plastiques avec leurs camarades de classe.

Ma classe de 4ème a participé à une heure de chiffres et des lettres avec les élèves de l’ULIS. Ma collègue a fait les lettres et j’ai fait les chiffres. C’était, figurez-vous, une demande spontanée des élèves : dans la cours, après l’essai d’évacuation incendie, mes élèves m’ont demandé si «  nous ferions un cours avec la dame de l’ULIS parce qu’elle est vachement sympa. » Moi j’ai répondu « Chiche ». Et trois mois après, on l’a fait.

Une autre grande possibilité sont les champs professionnels. Des travaux pluri-disciplinaires ou en co-animation sont possibles. Par ailleurs, le collègue de vente avait installé un magasin fictif. Je l’ai découvert trop tard mais il y a là la possibilité de faire des exercices in situ type pourcentages, remises ou petites opérations sur les décimaux.

La collègue d’arts plastiques travaillait régulièrement avec la collègue de production textile. Enfin, en application de la vente, au lieu de travailler des cas fictifs ou de fausses caisses, le professeur de vente avait monté une coopérative scolaire tenue par les élèves de Segpa encadrés par des enseignants volontaires lors des pauses.

Et tout ce petit monde grouillait dans le même établissement. Un collège un peu plus riche que d’autres par la diversité de son public et de ses enseignants. Car il ne faut pas croire que ces dispositifs ne doivent être que des contraintes. Il faut savoir réaliser le deal, le deal gagnant-gagnant.

* : Il y a dans cet article sûrement des imprécisions et des erreurs quant à la spécificité de ces deux structures. Néanmoins, mon objectif est de décrire en quoi il est intéressant de disposer de telles structures au sein de l’établissement, pas d’en décrire dans les détails le fonctionnement. Mais n’hésitez pas à faire part de vos remarques par un commentaire ou via le formulaire de contact afin que je puisse rétablir la vérité.

** : Pour la petite histoire, Yann*** n’était pas moins bon que les autres, faisait consciencieusement ses exercices et venait toujours avec la banane. Le mercredi, alors qu’il n’avait pas de cours avec la SEGPA, il était à 8h pétante devant la porte. De ces élèves pas forcément brillants, mais pour lesquels tu te dis que tu fais le plus beau métier du monde.

*** : Mes fidèles lecteurs auront compris que c’est un prénom d’emprunt.

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5 réflexions au sujet de « De l’intérêt d’accueillir une SEGPA ou une ULIS »

  1. Ping : De l’intérêt d’accueillir une SEGPA ou une ULIS | Planet-éducalibre

  2. claire

    Hello,
    On va dire que c’est comme ça que ça devrait se passer oui… j’enseigne en Segpa et trop souvent les collègues nous prennent pour des « sous-prof » parce que tu comprends eux ils ont un diplôme supérieur…
    Enfin certains sont plus ouverts et heureusement ! (Bon y’a aussi ceux qui ont trop peur de récupérer nos élèves si jamais on ferme mouaaaaaah)

    Répondre
  3. LEGROS François

    J’enseigne en SEGPA et j ‘ai 2 élèves ULIS que j intègre à mon groupe atelier et ce 6h/semaine. Puis-je prétendre à une indemnité? Depuis de nombreuses années je travail de cette façon et jamais on ne m’a proposé quoi que se soit. Merci de me tenir informé. Salutations d’un PLP

    Répondre
    1. toupietwopi Auteur de l’article

      Bonjour,
      je ne vois pas pourquoi vous devriez prétendre plus qu’un autre à une indemnité pour cette intégration ! Les élèves d’ULIS sont des élèves comme les autres. Il relève à mon avis de votre service habituel de leur faire cours.
      Bien cordialement,
      Adrien Guinemer.

      Répondre

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